lundi 8 juin 2015

Réforme de la presse imprimée


Fleur Pellerin, ministre déléguée à l'économie numérique, lance ces jours-ci la réforme de la presse imprimée. Quelles conséquences pour les créatifs digitaux que nous sommes ?

D'abord, cette réforme ne cache pas son objectif : réduire le montant des 820 millions d'euros que touche la presse française sous la forme de subventions, pour exister. Cette somme est en effet utilisée pour acheminer les titres jusqu'aux lecteurs aussi bien que pour maintenir certaines rédactions en vie. Dans cette réforme, la ministre souhaite réserver ses subventions uniquement à la presse politique.

Une manière d'acheter la critique, peut-on imaginer de la part d'un politicien. On comprendra aussi pourquoi certains groupes ont choisi, avant cette annonce, de ne conserver que les titres politiques.

Mais, de manière encore plus pragmatique, et ce sera l'objet de mon post aujourd'hui, ce qui nous concerne est ailleurs. Si les aides publiques ne permettent plus à la presse de loisirs de se maintenir, alors, à l'anglo-saxonne, et puisque le lecteur ne dispose pas d'un pouvoir d'achat grandissant, ce sont les sponsors qui la financeront davantage.

Que cela induit-il ? Il est intéressant de rappeler que les solutions d'édition numérique intègrent de plus en plus de fonctions de tracking des usages et de profilage, favorable à l'émergence de ces mêmes annonceurs. De même, comme cela tend à en devenir la règle, dans la presse de loisirs, ce sont les mêmes annonceurs qui financent certains articles enrichis dès lors que ces articles placent leurs produits.

Si la nouvelle sera douloureuse dans un premier temps pour les circuits traditionnels de la presse (quoi que, lire La Presse 3.0), pour nous autres créatifs, c'est au contraire une très bonne nouvelle. Si je me spécialise dans les contenus enrichis et interactifs, bien plus que dans les dispositifs de mise en forme automatisés, en tant que créatif, j'ai plus de chance de tirer mon épingle du jeu, n'est-il pas ? Les solutions automates ne seront bien sûr pas en reste, mais est-ce bien l'affaire d'un créatif ?

Ce que je souligne ici, une nouvelle fois, c'est la fragmentation de la profession en deux entités : les créatifs graphistes, d'un côté, chargés de réaliser des modules enrichis et animés (comme les flasheurs Web des années 2000), et les développeurs, de l'autre, chargés de mettre en place des routines de mise en forme automatisées et responsives (aboutissant à des kits clé en main, tels Wordpress). C'est à peu près le même schéma que celui connu dans le Web des années 2000, que nous voyons amorcé maintenant, et forcé par la ministre qui en a bien mesuré les enjeux, contrairement aux vindications pourtant légitimes de ceux qui vont devoir se remettre en question.

Le schéma Web se répète, tout simplement, mais vers les mobiles.

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