lundi 12 janvier 2015

Le design révélateur


L'architecture, le design, les modes graphiques et musicales, en disent long sur les us et coutumes des civilisations.

Cela est enseigné dans les formations artistiques : les temples à colonnes affirment la verticalité du pouvoir. Les immeubles métalliques ancrés sur leur seule structure reflètent l'avènement d'une ère industrielle faisant fi de l'individu. Les sociétés les plus vernaculaires empruntent les matériaux locaux pour répondre aux besoins humains des proches.

De même, lorsque nous observons le design déjà impersonnel des réseaux sociaux, une sorte de coque vide qui signifie que vous n'existez pas autrement que pour la valeur marchande traduite à travers votre profilage, vient de s'ajouter, en cette deuxième semaine de janvier 2015, un invraisemblable lissage moral induit par une posture commune, hautement médiatisée : Nous sommes tous Charlie ! Nos profils affichent tous un picto noir et nous parlons tous de la même chose avec les mêmes mots sous le joug du grand oeil (big brother) qui observe ces datas que nous publions dans une certaine "novlangue".


Bien sûr que nous voulons tous défendre la liberté d'expression. Bien sûr qu'il est effrayant de voir des innocents tués par des terroristes. Mais fallait-il interdire pour cela toute pensée, tout signe, toute forme distincte ? Et ne laisser vivre qu'un picto noir, pour motif de défendre la liberté colorée de nos points de vue ?

Le fond révèle la forme ! Si vous regardez votre page Facebook, votre écran de télévision, vos quotidiens, tous bariolés de noir, vous comprenez vite que, selon les mêmes règles ethnologiques, artistiques, sociologiques, ce lissage confisque votre être, votre couleur de pensée, votre signe distinctif, et que tout ceci n'est qu'un leur. La véritable existence plastique du journal Charlie hebdo dont nous nous revendiquons n'est-elle pas, à l'inverse, bariolée de couleurs les plus crues les unes que les autres ? La liberté est dans le Charlie. Mais nous ne sommes pas tous uniformément Charlie. Le principe de Charlie est de défendre notre diversité. Ce soir, Charlie hebdo est mort une deuxième fois !

Le design, ainsi manifeste, affirme que nous sommes certainement à un tournant décisif de notre histoire. Soit les individus vont sortir leurs crayons de couleurs, et une nouvelle société plus libre se dessinera, où les juifs côtoierons les musulmans. Soit la mascarade va se poursuivre en absorbant le peu de lumière qui demeure, dans nos postures pseudo sociétales, et ouvrira vers un effacement dramatique de nos personnalités emportées par une.

Il n'est donc pas besoin de comprendre la politique pour lire une civilisation. Sa forme traduit ce qu'elle signifie. Il suffit de lire et d'observer.

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CMB, Société Générale... le design révélateur.

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