vendredi 2 janvier 2015

Civilisation, représentativité et réseaux


Le monde change et les sociétés réagissent chacune à leur manière à la violence de ces mutations. Des tensions et des clivages se cristalisent sur des questions de société. Une élite peut-elle encore aujourd'hui absorber l'ensemble des points de vues subjectifs de chaque être humain ? Les politiques peuvent-ils encore offrir les réponses attendues par les citoyens ?

A travers la question du décalage entre les élus et les peuples, et pas uniquement en France, c'est leur représentativité qui est remise en question. En effet, lorsque la finance via la bourse, ou les particuliers à travers les réseaux sociaux, peuvent réagir au millième de seconde sur une actualité chaude, quelle légitimité et quelle représentativité vaut un bulletin de vote placé dans une urne un fois tous les 5 ans ? Un élu représente-t-il véritablement les choix des citoyens ? Si à une époque où la réactivité des réseaux nécessitait de déléguer ses choix à un intermédiaire local, roi, élu, dictate, prefet, maire, bureaucrate, n'est-il pas devenu invraisemblable de donner aujourd'hui carte blanche à un inconnu et de le laisser pouvoir décider, verticalement et arbitrairement, d'enjeux colossaux de civilisations, sans avoir la possibilité d'affiner son choix pour chaque projet ? Le suffrage de plus en plus indirect, de primaires en primaires, de collectivités territoriales en super états technocratiques, reflète-t-il vraiment le choix de ce même bulletin de vote, déjà très marginal nous venons de le souligner ?

Si les élus ne représentent plus les peuples, alors, quels modèles pourraient s'y substituer ? Selon Jeremy Rifkin et Michel Serres, ce sont bien Les réseaux qui apporteront la réponse !

Imaginez que chaque citoyen puisse en effet influer sur chaque vote à l'assemblée. Imaginez que vous participez aux décisions dans votre commune. Imaginez que les élus n'existent plus et que seuls, des pédagogues éclairés, viennent exposer l'intérêt de telle ou telle réforme, mais sans aucun pouvoir d'agir ? C'est le modèle de représentativité lié aux réseaux qui se dessine.

Le modèle de démocratie du partage, semblable aux modèles Rifkin de l'éducation, des services de transport, de l'urbanisme, de gestion interne au sein des grandes entreprises, que relate également la brillante revue Socialter (magazine de la nouvelle génération ancrée sur une philosophie hi-tech de partage), appartient à une logique globale de réorganisation de la Cité comme le proposaient déjà Platon et Socrate.

Ce modèle apparaît évident pour les fans de Rifkin, dont je fais humblement partie. Il apparaît moins certain pour les politiques actuels et électeurs que nous sommes encore peut-être, aveuglés par notre actualité. Et, c'est parce que nous cherchons tous à comprendre les enjeux sociétaux actuels qui nous tombent dessus, avec une certaine violence, que je voulais, en ce début d'année 2015, souligner cette perspective positive d'évolution, comme un espoir et un voeu pieu pour les plus démunis.

Mais c'est aussi pour mieux comprendre que toute éventuelle relocalisation souveraine de notre économie, en amorce, peut-être bientôt dirigée de manière verticale par un ou une élue, dans une posture finalement aussi empiriquement que les orientations actuelles, et même si elle apparaîtrait salutaire pour les uns ou terrifiante pour d'autres, ne serait de toutes manières qu'une étape transitoire, de quête vers un système plus responsable et responsive, réactif, participatif, choisi et modulable, au travers d'une nouvelle démocratie du partage et des réseaux qui interdit les clivages et respecte chaque revendication. Ainsi, vous ne serez pas surpris de lire cette autre citation de François Bayrou pour qui "la victoire du front national en France sera sans doute une étape nécessaire et préalable à un autre modèle de société".

Ainsi, les idéaux et les modèles de gestion autoritaires qui se révèlent désuets s'affirment surtout transitoires, qu'ils soient souverains ou mondialistes, même lorsqu'ils prétendent favoriser les économies durables, la justice, les libertés souveraines et les circuits-courts contre le grand hold-up de la globalisation. Mais c'est avant tout et surtout la représentativité qui est en question, ne l'oublions pas. Une réforme des institutions se limitant à une assemblée à la proportionnelle serait de la poudre aux yeux et ne ferait que reporter un mal que nous traînons depuis des siècles. Notre véritable espoir se fonde bel et bien sur les réseaux.

Bonne année à tous.

Lire aussi : http://www.lesechos.fr/...

1 commentaire:

  1. Très bon billet. Avant-gardiste ? A peine, les institutions bien installées veillerons à nous garder dans ce modèle de l'illusion. Espérons avoir la chance de vivre cette véritable e-démocratie.
    Bonne année également

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