mardi 16 décembre 2014

Le transmédias en 2015 : prédictions


C'est à l'occasion d'une rencontre Femis/CNC et de quelques acteurs du transmédias, à l'école de la Femis à Paris, que la prospection sur le transmédias a été abordée.

Participants :
  • Nathalie SONNAC (animatrice, dir de l’institut français de presse et professeur à Panthéon-Assas)
  • Benoît DANARD, Frédérique BODIN (CNC)
  • Lorenzo BENEDETTI (Studio Bagel)
  • Patrick BALLARIN (Digitime)
  • Jérôme CHUNG (Under the Milky Way)
  • Emmanuel DURAND (Warner Bros)
Voici ce qui en ressort en quelques points :
  • Le succès actuel de l'audience cinéma reste provisoire et relatif du fait que les jeunes n'y vont plus ;
  • L'audience général continue de se fragmenter en favorisant les services replay et les abonnements tels que Netflix ;
  • Les services de VàD se développent peu du fait que l'offre commerciale ne répond pas aux attentes des utilisateurs (prix d'achat d'un film trop important eut égard aux offres des services par abonnement ou aux sites de piratage gratuits) ;
  • Les utilisateurs boudent les services gratuits submergés par de la pub au point que Youtube réfléchit à une offre payante, comme iTunes ;
  • Généralisation des modèles ayant recours à la qualification des contenus grâce à l'usage des datas et permettant de limiter la quantité de pubs ;
  • La disparition des masse-médias se confirme et laisse place aux médias qualifiés.
En conclusion, le financement des productions ne peut plus reposer sur de la vente de publicité en masse, car les utilisateurs désertent les services de masse proposant des pubs ennuyantes et nombreuses. Mais, bon espoir est donné aux services capables d'analyser les usages afin de qualifier et limiter les pubs, et donc, de créer plus de valeur pour chaque espace publicitaire, ce qui permettra de mieux financer les oeuvres. Donc, focus sur les dispositifs d'affichage individuels au détriment des écran TV, plus collectifs et donc moins traquables.
A la question sur le danger de trop de qualification des affichages, l'idée qu'un spectateur finisse par accéder toujours au même contenu a été contredite par le fait que l'utilisateur reste maître chez lui pour zapper s'il le souhaite, ce qui implicitement requalifierait son profil, lequel lui amènerait à accéder à de nouvelles offres éditoriales.
La société Digitime, qui traque les usages pour SFR, à l'aide des technologies de mediamétrie et l'ingénierie des décodeurs de Canal+, confirme la révolution en devenir du petit écran. Bientôt, des pubs qualifiées viendront sur chacun de nos écrans, observés par les opérateurs qui contrôlent ce que nous consommons (wifi, câble, 3G, 4G...). Tout passe en effet par votre opérateur, premier traqueur, bien avant Google. Quel monde joyeux n'est-il pas ?
A défaut d'accès avec publicité, les modèles éditorialisés et payants devraient également se développer. Non pas au compte goutte, comme en VàD, mais plus sur des dispositifs d'abonnement, façon Netflix, Deezer, ou CanalPlay. L'objectif des diffuseurs est de reproduire le modèle qu'a connu l'évolution de la musique ces 15 dernières années (témoignage de Warner) en évitant les échecs induits par une attitude trop protectrice. Le modèle, c'est en quelques sortes Deezer : Rendre disponible du contenu, partout, tout le temps, à un prix abordable.

A ces considérations, il a été constaté que la qualification se révélait plus facile avec le public jeune très présent sur la toile. Elle l'est bien moins chez les adultes du fait qu'ils n'ont plus de temps libre pour picorer et rechercher. Le principe d'éditorialisation de l'offre à mesure que l'on progresse socialement a donc été mise en évidence.

Le rôle du spectateur actif s'auto-qualifiant apparaît finalement tellement déterminant pour structurer l'économie de l'audiovisuel de demain, que la crainte de voir les spectateurs ne pas vouloir participer à cette qualification subsiste. La loi oblige en effet les régie à demander une autorisation aux spectateurs pour analyser et stocker les données liées à l'utilisation de leurs TV+Internet+Téléphonie. Il n'a cependant pas été question, pour le moment, d'avantager les spectateurs qui contribueraient à enrichir les régies pubs, en leur offrant une ristourne sur leur abonnement, par exemple. Ce qui se révélerait plutôt judicieux et laisserait la liberté à ceux qui ne le veulent pas de ne pas recourir à l'offre qualifiée.

Pour résumer donc, l'avenir de la production transmédias se situe dans les projets qui permettent de qualifier les usages. Mais le contenu sera nécessairement adapté à chaque public.  Il faut donc modulariser l'offre, comme nous l'avons déjà anticipé souvent sur ce blog.

Ainsi peut-être, autre conclusion plus personnelle cette fois, nous serons de plus en plus libres de dire ce que nous pensons, mais nos créations apparaîtront de moins en moins visibles du fait de la qualification qui étroitise l'audience. Un peu comme la presse quotidienne, en somme. A méditer.

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