mercredi 10 septembre 2014

Cap digital : la presse et les datas


C'est à l'occasion de la conférence Cap digital de cette rentrée que la crème des acteurs français du numérique est venue exposer son approche sur les enjeux des données connectées dans la presse aujourd'hui. Petit résumé de cette présentation qui s'est déroulée dans les locaux de l'école des Gobelins, un des partenaires du club.

Au rendez-vous :
  • Aquafadas,
  • Hexaglobe,
  • Immanens,
  • Syllabs,
  • Ico partners,
  • The economist,
  • Le Gfii,
  • Dataveyes,
  • Panasoft,
  • Opendatasoft.
Et dans le public des plus illustres représentants des groupes de presse francophones.

1) Recréer la marque

Tous les intervenants constatent que la plupart des solutions choisissent le format XML et HTML5 pour centraliser toutes les données avant de les pousser vers des coques applicatives tierces (ipa, apk, web reader html5, epub...). La question désormais n'est plus de savoir dans quel format publier, mais comment valoriser et qualifier l'information afin de la distinguer des circuits gratuits ou des sites qui ne vérifient pas l'information, pour valoriser la marque, recréer l'appétence, et rendre utile l'appropriation d'un titre par achat à l'unité, par article, par thématiques, par types de contenus (les vidéos, les datavizs, la finance), par abonnements très personnalisés en fonction de besoins ciblés.

L'erreur du passé semble effectivement avoir été de trop miser sur des routines automatiques et des espaces pubs à faible coup par clic, qui ne valorisaient pas l'aspect éditorial du contenu. Typiquement, un canard qui ponds des dépêches AFP sans les retraiter a contribué largement à tuer l'écosystème. En effet, le CPM (coût de la pub au clic) a diminué à mesure que les mêmes contenus étaient visibles partout avec le même traitement. Les erreurs effectuées jadis sur l'essor du Web ne doivent pas être reproduites dans la presse pour périphériques tactiles. Les éditeurs reviennent à une offre payante. Et les systèmes de tracking d'audience utilisés doivent davantage aider les éditeurs à cibler le traitement d'un contenu plus qu'à cibler la pub pour renforcer encore plus la marque et l'identification au sein de la parution (ex : un Ouest-France peut apporter l'information du trafic routier sous la forme d'un dataviz de votre quartier, reporter les résultats d'élections locales de votre quartier à travers une animation calculée en temps réel, modéliser les résultats sportifs des petits clubs, etc).

Aujourd'hui, les éditeurs remarquent que les annonceurs veulent eux-mêmes recréer l'approche éditoriale abandonnée par quelques titres. Et le danger pour la presse est de se voir déposséder de leur audience. Les annonceurs n'hésitent pas pour cela à recourir à la création de eMags, de réseaux sociaux, d'expériences numériques collectives. Mais que restera-t-il alors à la presse ? Comment réagir ?

2) Recourir aux datavizs

Les datavizs semblent une réponse efficace pour la presse numérique afin de valoriser leur manière de voir, singulière. Un dataviz n'est pas une simple mis en forme graphique des données. C'est une narration vivante, interactive, contextuelle, calculée en temps réel à partir de données collectées. Les sociétés Dataveyes, Panasoft et Opendatasoft ont exposé ici leurs travaux et révélé combien les outils sémantiques et graphiques qu'ils développent (on est dans le pur design d'interaction, je jubile) ont permis de revaloriser le rôle de l'éditeur face à un flux de données brutes sur une actualité quelconque (ex : trafic routier, résultats sportifs, résultats des élections ville par ville, tableau sociologique de la ville de Rennes, etc). La manière de présenter ces données sur les nouveaux périphériques apporte une lecture très adaptée aux nouveaux usages, impossible à reproduire sur du papier, et contribue à renforcer l'identité d'une marque ou d'un éditeur en lui permettant d'apporter, à ces données, son analyse propre. Le rôle de l'éditeur et du journaliste sont ainsi mis en avant face à des agrégateurs stériles de flux de données.

Comme le rappelle Caroline Goulard de Dataveyes, "le rôle du journaliste est de qualifier l'information. Et les journaux sont de puissantes bases de données exploitables, qui s'ignorent".


Exemples de projets de datavizs permettant de qualifier sémantiquement les données. On y retrouve le site de la ville de Rennes dont nous avons déjà parlé sur ce blog, mais aussi le module développé pour Google permettant de mieux connaître son quartier, et la page de résultats des élections du journal Les échos :

3) Le modèle économique

A cette approche du dataviz, que l'on devine à présent incontournable, il y a aussi le modèle économique. Les groupes de presse s'interrogent sur l'offre. Comment vendre le contenu ? Doit-on se plier au découpage imposé par Apple à 79cts l'article ? Ca ne marche pas car c'est presque le prix du quotidien dans son intégralité.

L'offre par abonnement, au mois, à l'année, peut répondre ponctuellement, mais ne suffit pas à la plupart des usages. Beaucoup de lecteurs, grâce à l'émergence de systèmes de recherche dynamiques qui remontent les articles par thèmes, tout canard et toutes époques confondues, cherchent à picorer, comme on le fait finalement sur le Web. Il faut trouver une offre qui permette de continuer à picorer, mais légalement, en payant par article, par vidéo, par thématique, en ciblant par besoin. Hors de question de proposer un achat à l'acte, bien trop rédhibitoire d'un point de vue psychologique et onéreux en terme de déploiement (jusqu'à 50% de rétrocommission perçus par les TPE !). C'est ainsi que des solutions de bitcoins ou d'abonnements à des systèmes de crédits à points ont été évoqués. L'utilisateur acquiert un forfait de points valable pour un certain nombre de titres. Puis, à chaque log, il déduit de son compte les articles qu'il consomme, au coup par coup, à quelques centimes l'article au lieu des 1 euro quasiment imposés par Apple. C'est un modèle inspiré du jeu vidéo. Lorsque les jeux vidéos des années 2000 vivaient en effet sur la vente de produits finis à plus de 50€ pièce, ils sont passés progressivement à une offre d'accès à un premier niveau gratuit dans laquelle on pouvait picorer pour ajouter une vie, un bonus, une formule magique, etc. Les bénéfices ont été décuplés en peu de temps contre l'attente des éditeurs en place. C'est devenu le modèle actuel.

Conclusion

En conclusion, les publications statiques incluant des pages fixes, exportées dans un format compilé et figé, apparaissent bien désuètes au regard des possibilités connectées, animées, graphiques, sémantiques, que permettent de déployer à ce jour l'ensemble des solutions françaises existantes. Ainsi, on peut s'interroger sur la pérénnité des publications digitales statiques dans les formats proposés par Aquafadas, Adobe DPS, Twixl, Studio pro, Origami... un peu à l'image des sites HTML de première génération, également statiques, pour lesquels chaque mise à jour devait impliquer un redéploiement complet du dispositif.

Les solutions dynamiques et connectées restent cela dit encore peu accessibles aux éditeurs modestes du fait du coût exorbitant de leur déploiement. Les publications statiques pour les éditeurs modestes demeure donc pour encore la solution incontournable. Mais il est clair que l'avenir de la presse s'oriente vers du contenu vivant, animé et interconnecté, éditable en XML/HTML5, sur nos tablettes, tout comme a évolué le Web vers la fin des années 90, le professionnalisme éditorial et la culture du signe, en plus.

Dans le secteur de la presse, les solutions actuelles permettent donc de combler un vide, en attendant mieux. Gageons que les éditeurs de solutions prendront bien en compte ces questionnement des grands opérateurs afin de faciliter l'implémentation de datavizs au sein des magazines et des quotidiens à des offres plus accessibles. Y compris pour les secteurs autres que la presse.

En attendant de telles nouveautés, rappelons que Adobe et Aquafadas proposent, sur mesure et sur devis (supérieurs à 15 000€), des dispositifs de flux connectés.

A bien moindre coût, il reste également possible de déployer des animations interactives connectées, en Javascript/HTML5 à partir de Edge Animate au sein d'une publication digitale, quelle qu'en soit le format et quelle que soit la solution utilisée pour la déployer. Swipe & Swipe peut d'ailleurs vous accompagner dans ce type de création personnalisée ou vous former.

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