lundi 17 juin 2013

Annecy 2013 : MIFA

Le festival international du film d'animation d'Annecy vient de s'achever. Conjointement au festival, le MIFA offre une vitrine pour les producteurs d'animation. Petit bilan de ces rencontres professionnelles à 400 euros le ticket d'entrée, complémentaire des interventions également rondement menées en amont du MIFA par Jérôme Chouraqui de The Media Faculty.

1) L'expérience transmédia diffère selon les productions
La crise qui touche le monde de la production audiovisuelle n'épargne pas le dessin-animé. Mais c'est peut-être elle qui innove le plus, selon le profil des producteurs, plus ou moins dépendants des chaînes de télévision qui payent ces mêmes productions pour diffuser de la série.

Les producteurs qui ont su diversifier leurs projets en évitant de rester pieds et poings liés à la difusabilité de leurs créations sur les grandes chaînes de télévision sont en effet, par nécessité, les plus avancés sur les nouveaux médias. La création à destination des tablettes (BD animée, gaming, replay) ou la production sponsorisée (mécénat de marques rognant sur la clientèle des diffuseurs, placement de produit, films institutionnels époustouflants pour agences de com), semble être en mesure de pouvoir sauver une industrie dont le principal financeur (la télévision) ne parvient plus à tenir ses engagements. Dans cette configuration, ce sont les producteurs les plus indépendants qui parviennent à offrir l'expérience la plus originale et finalement lucrative.

Inversement, les productions les plus attachées à la vente de séries sur les chaînes déploient un arsenal d'innovations sur les nouveaux canaux uniquement sous pression de ces chaînes, afin, d'abord, de ramener l'audience vers celles-ci. Ainsi, les producteurs classiques de séries animées privilégient les expériences qui ne fonctionneront que si l'on regarde aussi la série diffusée sur la télévision (un jeu dans lequel on ne trouve la réponse que dans un épisode télédiffusé, par exemple). L'expérience transmédia s'arrête ici à la frontière de la télédiffusion.

Comme de coutume, l'innovation ne vient jamais de ceux qui sont en place. Comme dans l'industrie du livre, ce sont les indépendants qui risquent de bouleverser le plus les habitudes.

2) Dreamworks vs Pixar
Chaque année, les studios hollywoodiens attirent les regards. Alors que Dreamworks additionnait les interventions mêlant scénario, storyboarding, storytelling, créativité, Pixar s'en tenait à des considérations purement techniques de rendu d'image 3D. Le nouveau film court de Pixar (The blue umbrella) révèle l'impressionnante faculté de rendu réaliste du moteur Raytracing de Pixar. Mais bien qu'elle propose des images époustouflantes de réalisme (pluie battante et reflets de carrosseries dans des flaques d'eau), elle laisse pantois le spectateur quand à leur conception de ce qu'est l'essence de l'animation. Les parapluies animés ne sont en effet que des objets inertes qui suivent des trajectoires, customisés par des lypsinchs 2D collés sur une forme figée. Même avec un beau rendu, on perçoit encore l'esbroufe chère au studio.

3) La spécificité culturelle française
Aurélie Fillipetti, ministre de la culture, est enfin intervenue le 14 juin, jour de l'annonce du maintient provisoire de la spécificité culturelle française dans la négociation trans-atlantique du libre échange. Elle  a concédé l'importance de la spécificité française sans laquelle la conversion des canaux traditionnels de diffusion vers un Netflix à la française ne pourrait se faire. En somme, c'est un peu reculer pour mieux sauter. Bientôt en effet, tout sera disponible directement en VOD emportant avec, nos chaînes traditionnelles et le cinéma. Annonce qui n'est pas sans faire échos à celles lancées par Spielberg et Lucas, eux-même, la même semaine, sur la mutation incontournable de l'industrie cinématographique vers un cinéma très haut de gamme à 50 ou 100 dollars la place face à un Netflix grandissant.

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