lundi 25 mars 2013

Salon du livre et ePub3


Le salon du livre a accueilli le premier forum international de l'édition numérique (Internation Digital Publishing Edition : IDPF). Cette édition était consacrée au standard ePub3. Bilan mitigé.

Si vous suivez régulièrement ce blog, vous n'auriez rien appris en suivant cette conférence vendue 315€ ! Je suis donc ravis de vous informer que vous venez d'économiser une belle somme.

Résumé, pour les néophytes (désolé pour la forme, c'est un résumé !) :
  • XML s'avère être le standard le plus universel et le plus transversal pour structurer la gestion de contenus destinés à une diffusion multi-canale ;
  • HTML5 est un standard bientôt viable bien qu'incomplet. Mais tout le monde l'utilisera dans quelques années car, bien que ne favorisant pas la créativité, il demeure la solution la plus rentable dans un worflow 100% automatisé sans intervention de l'humain qui coûte trop cher en production ni de solutions propriétaires trop coûteuses (je me permets de préciser que c'est sans compter sur le coup technologique qu'implique un développement basé sur 100 spécifications différentes et en perpétuelle évolution) ;
  • ePub est un Zip qui enferme du HTML5 avec quelques balises supplémentaires permettant d'indexer les oeuvres littéraires dans les librairies virtuelles ;
  • Pour une immersion avancée et vraiment efficace, il faut sortir du HTML5 et des solutions propriétaires basées sur ce standard. On peut alors préférer la vidéo, les applications natives, voire Flash (même ici on en parle encore, dans cette conférence soutenue par la colonne vertébrale du W3C !). Personnellement, je mise sur la vidéo avec After Effects ou sur les applications natives, plus pérennes.
La véritable annonce vient de Bill McCoy (IDPF) qui lance la création d'une plateforme open source communautaire pour le ePub, baptisée Readium (readium.org). Inspirée du modèle de plateforme Apache qui existe déjà pour le Web. Celle-ci a vocation à offrir une solution standard, open source, et un outil de développement (SDK) pour favoriser l'émancipation difficile du HTML5. Readium est annoncé comme la seule issue encore viable pour sauver le format ePub (dont je me doutais de ses limites mais ignorais qu'il était à ce point menacé) et permettra, indirectement, d'éviter que des standards propriétaires s'imposent (tous les ePubs adopteraient sinon le standard de Amazon au format .kf8 dans moins de 10 ans, selon Bill McCoy, ce qui menacerait la diversité culturelle). Avis aux bons développeurs donc. Pour les graphistes, il faudra attendre encore un peu. Pour éviter qu'un standard propriétaire ne s'impose, l'idée de McCoy est donc d'évangéliser un standard libre bien que nécessairement moins stable. L'égémonie des marques a toujours été plus efficiente en terme de productivité. Il restera à convaincre les industriels d'adopter un standard public compliqué à valider.

Citons également quelques start-ups présentes à cette conférence, et qui exploitent le format ePub3 dans leurs solutions propriétaires d'édition numérique. Tous exploitent des fichiers XML, Indesign, Word (.docx) :
  • 4D-Concept (Thomas Rauer) : apprécié pour son workflow basé à 100% sur XML/XSLT ;
  • Actialuna (Samuel Petit) : apprécié pour la gestion multi-lingue des parutions ;
  • Aquafadas (Allison Reber) : apprécié pour la sophistication des enrichissements et la notoriété des marques qui exploitent déjà la solution ;
  • Archicol (Serge Morisseau) : apprécié pour avoir mis en place une solution entièrement automatisée ;
  • Gutenberg technology (Raphaël Taïeb) : apprécié pour l'adaptation de leur solution pour les livres scolaires (ergonomie, quizz) et leur export 100% natif compatible iOS/Android et aussi vers Amazon et Windows 8* (*une première !) ;
  •  IGS-CP / Neolibris : entreprise d'Angoulème, fief de la BD, appréciée pour les animations SVG fluides, la gestion dynamique des données (tri, quizz) et leur orientation HTML5 très marquée ;
  • Publiwide (Maurizio Zigamonte) : apprécié pour leur solution logicielle wysiwyg avec aperçu de l'export ePub intégré. Enrichissements limités cela dit ;
  • Blue griffon (David Glazman) : apprécié pour le prix abordable d'un logiciel de mise en page HTML5 qui exporte en ePub3 mais dont il affirme lui-même qu'il faut être développeur web pour le maîtriser pleinement.

Bill Kasdorf (Hachette) et Mark Bide (EDItEUR)

La conférence, soutenue par des membres influents du W3C (David Glazman, Bill McCoy, Robin Berjon, Daniel Weck, Bill Kasdorf, Mark Bide) s'est gardée de traiter des solutions propriétaires de Apple, Microsoft, Adobe, qui pourront aussi compléter la liste.

La conclusion de la journée, donnée par Bill McCoy, reprend les termes de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook : "la plus grande erreur que nous ayons faite est d'avoir investi trop tôt dans le HTML5". Bill rappelle combien HTML5 a lancé des promesses et crée de nombreuses frustrations. Mais il ajoute que ce standard reste le plus viable économiquement, parce qu'il est facile à déployer à partir des solutions open source et gratuites, dans des workflows déjà existant. Et, même si ce standard, qui compte pas moins de 100 spécifications en perpétuelles évolutions, reste et restera limité, il va devenir dans peu de temps le socle de tous les développements informatiques, pour sa meilleure rentabilité.

Ma conclusion sur cette conclusion, c'est que pour créer des oeuvres immersives créatives permettant de s'affranchir des limitations du HTML5 et de celles des éditeurs propriétaires, est qu'il est préférable de reposer ses oeuvres sur un workflow effectivement basé sur du XML et les exporter tantôt en HTML5, tantôt en PDF, tantôt en ePub, tantôt en application native (si le projet est ambitieux et multi-canal) plus que de tout miser sur un standard instable qu'est seulement le HTML5.

Mais surtout, d'y intégrer des oeuvres de fond réalisées à partir de données stables telles que : la vidéo, le sound design, le graphisme en haute définition et les textes bien écrits et structurés sémantiquement. Toute la valeur de votre publication se joue bien là ! Le reste, c'est et ça restera du vent.

Et enfin, pour bénéficier d'un worflow efficace, de temps en temps, surtout en début d'expérience, l'utilisation de solutions propriétaires évite les désagréments rencontrés par Mark Zuckerberg comme celui d'investir lourdement, trop hâtivement, dans du développement HTML5 maison. L'avantage de certaines solutions propriétaires reste malgré tout la gestion intégrée des évolutions de ces standards, en perpétuel mouvement, et le fait de ne pas avoir à gérer des équipes de développement spécialisées à former continuellement...

Maintenant, c'est vous qui voyez !

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