samedi 2 février 2013

Mariage pour tous : richesse multi-canale

Comme en multimédia, en cuisine, en économie, en géopolitique, et ailleurs, ... le renversement des frontières se manifeste violemment aussi dans la notion de couple et de parentalité, en suivant l'actualité et le projet de loi validé ce jour à l'assemblée nationale, cela ne vous aura pas échappé.

Daniel Godard, un certain professeur en lettres classiques, met en évidence les contradictions sémantiques du principe du "mariage pour tous" et en fait un prétexte pour l'interdire. Son analyse se révèle inintéressante bien que je ne partage pas sa conclusion. J'y trouve, au contraire, un idée très en phase avec une vision transversale et multi-canale du monde, contemporaine et progressiste, à partir des mêmes arguments justement. Explications.
  • Selon le professeur, on ne dit pas couple pour deux corps de nature différente, mais paire. Nous parlerons donc de paire d'homos. Soit.
  • Selon le professeur, le mot père désigne celui qui engendre. Le mot mère, celle qui enfante. Soit. Dans une paire d'homos, il faut alors trouver celui qui engendre et celui qui enfante, si cela est possible.
  • Selon le professeur toujours, ce qui n'est ni père ni mère est simplement parent.
  • Selon le professeur enfin, si on accepte d'ouvrir la parentalité à des pratiques de PMA (bébé éprouvette) ou de PGA (mère porteuse), on introduit de facto un élément qui engendre ou qui enfante, extérieur à la paire (au couple donc). Et on n'est alors plus dans une relation binaire, mais dans une triade, voire au-delà si plusieurs géniteurs extérieurs sont introduits dans la relation donnant droit à plusieurs enfants.
Le professeur en conclut l'invalidité du projet de loi et s'oppose de fait à ce projet. Et je rebondis ! Je ne vois pas le rapport avec la choucroute ! Mais j'en vois un, au contraire, très transversal. Ce qui n'est pas ici pour me déplaire.

Au contraire donc, si l'on considère qu'en effet deux homos sont paires, et selon l’étymologie que nous venons de relever, une paire d'homos peut comprendre autant de combinaisons que possibles et devrait ouvrir le débat plutôt que le refermer. Je me suis amusé à les lister, mort de rire :

a- Une paire d'homos gays donne :
  • Un père + un parent (si un individu engendre vers une mère porteuse) ;
  • Deux parents seuls (s'ils adoptent) ;
  • Deux personnes mais, deux pères ET deux parents (si plusieurs enfants sont chacun nés d'un père différent par PMA) ;
b- Une paire d'homos lesbiens donne :
  • Un père + une mère (en biologie, deux femmes peuvent procréer, fusse artificiellement, du fait de la nature compatible de leurs chromosomes XX et que dans une fécondation au moins un des deux doit être une femme) ;
  • Une mère père (pour les mêmes raisons, en biologie, une femme seule peut être hermaphrodite et s'enfanter elle-même, mais attention aux risques trisomiques) ;
  • Un père + un parent (si celui qui engendre est une femme et celle qui enfante est une inconnue par PGA) ;
  • Un parent + une mère (si celui qui engendre est inconnu) ;
  • Deux pères + deux parents (voir cas homos gays, si les deux femmes engendrent chacune vers une mère inconnue en PGA) ;
  • Deux mères + deux parents (si chaque femme enfante chacune d'un ou de deux pères inconnus) ;
  • Deux parents seuls (si elles adoptent).
De fait, il m'apparaît important de souligner qu'on ne parle plus de paire ou de couple, ni même de triade, mais bien de polygamie. Et cette question de relation à plusieurs n'est d'ailleurs pas spécifique aux homosexuels, puisqu'elle touche aussi les couples ou célibataires hétéros qui passent par la PMA ou la PGA.

Polygamie, le mot est dur. On affecte bien souvent le sens de polygamie à une image dévalorisante pour les femmes. Mais il s'agit bien, étymologiquement, de cela. Poly = plusieurs ; Game = mariage, relation officielle. Et la question est sensible, car de quoi parle-t-on ? On ne parle pas simplement du droit du couple et des parents, mais aussi de celui de l'enfant. Un enfant doit pouvoir connaître son géniteur et sa porteuse, même si ces derniers sont extérieurs et d'un même sexe. Il peut très bien comprendre la situation. Je ne vais pas refaire François Dolto, mais il est juste essentiel pour lui de savoir d'où il vient et si on l'aime ! Les trois notions de parentalité, de paternité et de maternité ne sont pas forcément liés à la même personne. La question déborde donc du simple cadre de la parentalité. On passe du droit à la différence des parents au droit à l’existence de tout individu !

Loin de moi la volonté de juger la notion de mariage à plusieurs. Mais, il m'apparaît important de bien nommer les choses pour mieux comprendre les transgressions et savoir ce que ces transgressions induisent culturellement. Encore une fois, il ne s'agit pas de les condamner ou de les encourager, mais bien d'en comprendre l'enjeu. Et en la sorte, on conviendra que si nous passons effectivement d'une relation binaire traditionnelle du couple, à une approche polygame nécessaire pour le droit de l'enfant de parents homosexuels, hétérosexuels et célibataires, cela change beaucoup de choses culturellement et plus que la simple question de l'homosexualité. La vraie question qui se pose lorsqu'on aborde la question du mariage pour tous, n'est donc pas d'accepter une paire, mais d'accepter une combinaison multiple et déterminée de plusieurs relations (comme on accepte après tout, de communiquer vers différents canaux de diffusion quand un seul canal ne satisfait pas). Sans parler des futures familles homos paires, mères et pères, recomposées !

Dans un mariage, si enfant il y a, il y a donc des parents qui peuvent être père et/ou mère, ou pas. Accessoirement, il ne m'apparaît d'ailleurs pas opportun d’appauvrir notre langue en tronquant les termes "père" et "mère" ni l'amputer de "mademoiselle", "madame" ou "monsieur" (et en faire une novlangue) pour prétexter une égalité d'apparence. Mais au contraire, d'ajouter au terme "parent", ce qu'est éventuellement en plus l'un des deux : à savoir le père, la mère ou les deux. Et d'ajouter pourquoi pas, dans la même lignée, à "madame", "monsieur", les termes juvéniles de "mademoiselle" et "mondemoiseau ?".

Lorsqu'on parle de polygamie, et si l'on regarde d'abord du point de vue de l'enfant, on introduit inévitablement la question du mariage à plusieurs (de plusieurs canaux de parentalité), et pas seulement de personnes du même sexe. Je n'hésiterai pas à parler alors de relation multi-canale des personnes, plus que de polygamie, tant le second terme m'apparaît galvaudé. C'est cette notion de transversalité, et de complémentarité des formes que je voulais relever ici aujourd'hui, de manière un peu atypique je vous l'accorde mais pourtant très actuelle, dans ce blog qui traite justement de cette émergence de plus en plus globalisée du multi-canal.

3 commentaires:

  1. Ou comment habiller de vieilles lunes de termes grandioses (bof)!
    Justifier toutes les vieilles déviations, déviances et outrances, névroses et perversions "multi-canal"...c'est le cas de le dire !
    Et avec ça se rassurer sur sa si grande ouverture d'esprit et son "judicieux" raisonnement!
    Mon pauvre gars. C'est vraiment craignos.

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  2. Cher lecteur anonyme, il n'y a pas de jugement dans cette démonstration, juste une analyse sur le fait que les modes de pensée se délitent tout comme se délitent aussi nos modes d'expression. Il y a là un rapport entre la société et ses modes de représentation, particulièrement en phase, rien de craignos.

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  3. Le mariage gay a été créé car on a confondu les termes "paire" et "couple".


    Deux choses différentes doivent recevoir deux noms différents. C'est à tort que l'on utilise trop facilement le terme couple.
    L ' union d'un homme et d'une femme c'est le respect de l'altérité sexuelle , c'est la possibilité de donner la vie. Pour désigner cette réalité on utilise le terme couple.
    L ' union de deux hommes ou de deux femmes c'est le contraire : pas d'altérité sexuelle , impossibilité de donner la vie. S 'agissant d'une réalité différente de l' union hétérosexuelle on ne peut utiliser le même terme pour la désigner. Le terme paire peut être employé pour éviter toute confusion d'avec le couple.

    L 'utilisation de deux mots différents, paire et couple , et non d'un seul , comme le mot couple utilisé en permanence , permet de montrer que l'on a affaire à deux réalités différentes qui ne peuvent donc être encadrées par une règle de droit identique , en l'occurrence le mariage.

    L' utilisation du terme "paire" , dans ce cas ,permet l'enrichissement de la langue française sur des sujets cruciaux : la sexualité et l'union entre les êtres.

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