lundi 10 décembre 2012

Michel Serres, philosophe de la création


Michel Serres, connu à travers ses essais philosophiques, ses podcasts sur France Inter, depuis les conférences souvent partagées sur les réseaux sociaux, et que l'on découvre aussi en direct ou en replay sur les plateaux de télévision des émissions littéraires (chez Frédéric Taddeï), nous fait régulièrement découvrir les mécanismes intrinsèques des différentes révolutions techniques, scientifiques, culturelles, philosophiques, politiques et juridiques qui organisent notre monde depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine. Davantage positionné comme le philosophe des sciences et des techniques, et du fait de la nécessaire relation qu'il y a entre technique et création, sa réflexion est avant tout un formidable éclairage pour tous les inventeurs du monde.

Voici quelques délectables leçons de philosophie autour de ces outils que nous manipulons chaque jour, et autour de l'acte de création en général :

1) La création
Dans cette analyse, vous jubilerez à la découverte de ce qu'est l'acte de création, par opposition à l'acte de commercialisation. A tous les créatifs incompris du monde entier :
https://itunes.apple.com/fr/podcast/conference-michel-serres-autour/id310672496

2) Le droit et le monde digital
Vous comprendrez ici les enjeux juridiques et politiques du monde contemporain et l'évolution du droit nécessaire, liée à la révolution technologique du tout digital. Une vision complémentaire de notre précédent article sur l'évolution du droit d'auteur face aux oeuvres multi-canales, qu'il aborde lui dans son livre Petite poucette et dans cette conférence-ci à l'ESRI (spécialistes de l'organisation géographique spatiale de l'information et des réseaux). Une conférence qui ouvre le débat sur la refonte du droit face à une nouvelle conception non géographique du monde :
http://www.youtube.com/watch?v=BbLo6wPtAbo


vendredi 7 décembre 2012

Les objets connectés


Suite au salon LeWeb 2012, déroulé cette semaine à Paris du 4 au 6 décembre, et consacré aux mastodontes de la nouvelle économie (Google, facebook, Free, Amazon, Nokia...), de nombreuses annonces de services innovants ont été lancées et tous misent sur la connectivité croissante des objets de notre quotidien.

Parmi les annonces, citons :
  • Nokia et sa nouvelle cartographie participative connectée,
  • Nest et son thermosat connecté,
  • Le calepin connecté d'Evernote business,
  • LifX et ses ampoules domotiques connectées,
  • Paypal et sa carte de parking chech in connectée,
  • Withings et ses bracelets connectés,
  • Koubachi et ses arroseurs de plantes domotiques connectés.
Bref, tout est connexion !

La standardisation du Web et en fin de compte, l'exclusion d'expériences avancées du Web classique (Web bridé), a ouvert sur les autres périphériques connectés (les smartphones, puis les tablettes et enfin aujourd'hui les objets du quotidien) un large éventail d'innovation. Désormais, ce sont les objets du quotidien qui voient déferler l'intelligence éditoriale sous la forme de services embarqués.

Cette tendance est de fond et ouvre un marché pointu mais très prometteur pour les industriels qui se croyaient doublés par l'économie des pays émergents se contentant de reproduire des objets simples. Le service de l'innovation n'est pas tellement demandé par les utilisateurs car il n'est pas encore identifié, mais une fois celui-ci intégré aux objets, il sera difficile pour beaucoup de s'en abstraire.

L'innovation possible grâce à la connectivité va valoriser grandement les biens des entreprises en pointe vis-à-vis des fabricants traditionnels. Reste à trouver des designers, des UX designers, des ergonomes, des programmeurs, en phase avec ces innovations, qui savent concevoir des services suffisamment intelligents sans bloquer les utilisateurs si la connexion n'est plus disponible par exemple.

L'ultra connectivité de certains appareils risque, à contrario, de renforcer la noblesse et la simplicité d'objets traditionnels. Gageons qu'en cela, les objets de demain élèveront les exigences de la clientèle sur un design qualitatif, que les objets soient ou non connectés.

Cette tendance du marché trouve également écho dans les formations nouvellement mises en place dont ce master spécial Gaming récemment créé à l'école des Gobelins (MS Interface Digital Experirence), et qui forme les futurs acteurs de cette nouvelle économie fondée sur l'innovation et la connectivité. Les entreprises intéressées par la conception d'objets connectés et d'interfaces innovantes y trouveront les bons profils.

Avis aux intéressés ; )

mercredi 5 décembre 2012

Dessin-animé et transmédia

Le transmédia déferle dans le milieu du dessin-animé. Les éditeurs de livres jeunesse et les chaînes de télévision jeunesse multiplient les expériences au sein des tablettes tactiles. Le succès est tel que même les fabricants adaptent le matériel à ce tout nouveau public préscolaire à jeune, de 2 à 10 ans.
  • Magic Town, c'est le nom d'une application pour tablette réalisée par la start-up anglaise Mindshapes, qui rassemble plusieurs séries animées pour les enfants de 2 à 10 ans. La start-up a clairement identifié un besoin de fédérer des oeuvres multiples et disparates dans un objet unifié, sécurisé, reconnu par les parents et les enfants. L'application offre quelques épisodes pour se faire connaître et le reste est disponible sur abonnement.

  • Nosy Crow, c'est une application qui réédite de nombreux ouvrages papier en animant les pages, les personnages des livres et en y associant de l'interactivité. Le projet a bien sûr démarré dans un objectif de diversification, mais l'usage a révélé que l'application qui offrait une ligne éditorialisée, qualitative et identifiable pour toute la famille (logo rouge typé) a conduit les utilisateurs de l'application pour tablette à venir en librairie acheter les versions papier des oeuvres interactives.
  • Pixar, régulièrement, nous montre des déclinaisons des oeuvres cinématographiques, sous la forme de divers produits dérivés que sont bien sûr les livres, mais désormais aussi les publications digitales et plus récemment, les jeux applicatifs, tel que Cars pour laquelle des objets physiques accompagnent une application pour iPad, clairement inspirée du travail des éditions volumiques (société française).
  • Gwenaëlle Le Cocguen de Lagardère Active présente à son tour des services multi-canaux qui viennent compléter l'offre linéaire de leur partenaire producteur audiovisuel Lagardere entertainment. Une tablette Android bridée, sans Google play et avec contrôle parental, et un site Web des plus visités du jeune public (Gulli.fr), vient offrir un pan entier d'oeuvres animées et ludo-éducatives à nos chers bambins.
  • Même la prudente France Télévisions s'essaye à la création d'objets interactifs (ludo, zouzou) dans lesquels on retrouve des jeux, des séries, et même des pilotes d'animations en test d'audience, qui ne seraient jamais passés à l'antenne si ce terrain plus ouvert et plus libre n'existait pas, en témoignent Pierre Siracusa et Thifaine de Raguenel, les responsables des chaînes jeunesse.
Ainsi, les diffuseurs et quelques start-ups ont bien compris l'enjeu des nouveaux supports et ont saisi l'opportunité encore balbutiante de se positionner sur ce marché émergent mais en très forte croissance (95% des moins de 15 ans sont connectés et 30% des familles sont déjà, à ce jour, équipées en tablettes, selon Lagardere Active). Nul doute que les diffuseurs traditionnels ont beaucoup à perdre à ne pas apparaître sur ces canaux. Nul doute également que les producteurs des oeuvres audiovisuelles, encore peu représentés, ont au contraire tout à gagner à s'y déployer. Une application peut se vendre de 0,89 à 15 euros, certes, mais le modèle le plus efficace est sans nul doute celui d'offrir une application gratuite parsemée de quelques épisodes gratuits, et de proposer un service monétisable d'abonnement ou d'achat à la demande, sur lequel le producteur touchera désormais 70% du chiffre des ventes ! Une offre permanente qui esquive les contraintes liées à la diffusabilité de l'oeuvre et confère aux auteurs d'oeuvres décalées une plus grande liberté de ton. Le client est connecté directement et perpétuellement au catalogue de la prod. Le diffuseur et l'annonceur n'ont plus de regard sur votre production.

La conception d'une application mobile, éditorialisée sur une thématique donnée (sur une série par exemple, ou une tranche d'âge), se révèle une excellente solution d'avenir pour tous les producteurs de séries animées. Plus encore si l'oeuvre est déployée dans un arsenal de produits dérivés plus complémentaires les uns que les autres (approche transmédia), tels que sous la forme de beaux livres classiques ou augmentés, de plateaux de jeux classiques ou augmentés, de pilotes insolites déferlant sur les réseaux sociaux (web séries), entre autres.

Lire aussi :
http://bloc-notes-arzhur.blogspot.fr/2012/11/quapporte-le-transmedia-aux-productions.html
et
http://bloc-notes-arzhur.blogspot.fr/2012/11/une-taxe-sur-les-fai-pour-sauver-la.html

mardi 4 décembre 2012

Adobe Game developer tools


Le gaming selon Adobe. L'avenir de Flash.

Adobe vient de mettre à jour quelques solutions pour accompagner les développeurs AS3 dans la création d'applications mobiles.

Dans les outils disponibles, voici Scout. Scout permet de visualiser les goulots d'étranglement lors du rendu de votre application, à mesure de sa progression, sous la forme d'un spectre visuel. Outil indispensable dans le développement AS3 pour mobile lorsqu'on sait combien les limites de Air impliquent des concessions en terme de développement pour ceux qui souhaitent conserver la souplesse architecturale qu'offre cependant, et toujours, la solution Flash, pour leurs créations.


Vous y trouverez également des extensions pour la gestion de l'espace en 3D (stage3D), ou la complétion C++.

Cet article détaille en français le mécanisme de Scout :

http://www.pureas3.org/fr/adobe-scout-flash-profiler-preview

Consultez également la page Adobe de mise à jour de votre suite de développement pour Air, sur le site de Adobe, pour accéder à toutes les extensions liées au développement mobile en AS3. De nombreuses ressources y figurent, toujours imbitables et en anglais hélas, mais, elles existent :

http://www.adobe.com/devnet/games.html

Le manuel officiel d'utilisation des nouvelles extensions de Air pour mobile (stage3D, Away3D, Starling, Feathers), "Starling", écrit par Thibault Imbert, est disponible en ligne et en anglais à l'adresse suivante :

http://shop.oreilly.com/product/0636920024217.do
ou
http://www.bytearray.org/


Complétez vos lectures par ce somptueux ouvrage dédié également au développement d'applications mobiles en AS3 "Flash IOS Apps Cookbook", en anglais et disponible au format digital à l'adresse suivante :

http://www.amazon.com/Flash-Apps-Cookbook-Christopher-Caleb/dp/184969138X


Pour débuter, mais dans une approche plus élémentaire et ne prenant pas en compte les dernières innovations techniques en terme de performances, néanmoins adapté pour des développements simples, lisez aussi, en français, 3Développement Air pour Android" aux éditions Pearson :

http://www.pearson.fr/livre/?GCOI=27440100039290


L'impression 3D, nouveau canal cross-média


Nous connaissions le Web, le Print, la télévision, les applications mobiles, les livres, les PLV, les mobiliers urbains augmentés, voici désormais l'impression 3D.

Qu'apporte ce nouveau type de publication ? Il ne s'agit pas d'un accessoire d'impression supplémentaire, uniquement, qui vient s'ajouter à la liste des outils disponibles dans l'impression numérique et personnalisable. Il s'agit aussi d'une formidable opportunité pour créer des objets d'art uniques et personnels, de différents matérieux (résine, céramique, métal) à partir d'un moule personnalisable à volonté !

Imaginez, en tant que particulier, créateur ou entreprise, que vous aurez maintenant la possibilité de commander une coque d'ordinateur sur laquelle n'est pas simplement gravée votre nom, mais dont le rayon des coins arrondis ou dont la texture globale change en fonction de votre demande. Imaginez que le volant de votre véhicule automobile ou la souris de votre ordinateur puissent parfaitement épouser l'ergonomie de vos doigts que vous aurez préalablement numérisés à partir d'une application mobile et de sa caméra embarquée. Imaginez également que les écouteurs de votre balladeur se moulent parfaitement à la forme de vos oreilles et que la forme de prothèses médicales puisse être parfaitement adaptée à votre corps. Voyez enfin combien il devient possible pour chaque marque internationale de feindre le tremblé fait main, l'artisanat (façon Arts and Craft), sur des produits de grande grande grande consommation. De nombreux débats en perspective !

Pour découvrir les possibilités encore timides de cette innovation, visitez par exemple le site d'impression d'objets 3D : Sculpteo.

http://www.sculpteo.com/fr

Le cinéma en HFR (high frame rate)



C'est Gaumont qui ouvre le bal avec le nouveau film de Peter Jackson : The Hobbit. Le film sera projetté en HFR, ce qui signifie haute fréquence d'image. Au lieu d'une projection traditionnelle calée sur un rythme de 24ips, ce qui crée parfois des effets stroboscopiques désagréables surtout dans les mouvements de caméra et dans les films en relief, le film sera désormais projeté en 48ips voire plus.

Un nouveau standard qui s'ajoute à d'autres tendances comme le cinéma en 4K (image contenant 4 fois plus de pixels), et le cinéma en HDR (high dynamic range : image offrant une plus grande profondeur de couleurs) et qui devrait relancer l'effet spectaculaire d'une projection cinématographique souvent mise en port-à-faux par rapport à une projection de salon de plus en plus qualitative également.

Peter Jackson annonce préparer une version 2 et 3 du célèbre film Avatar qui devrait également suivre la norme HFR. Gageons que le réalisateur ne masquera pas, pour une fois, les faiblesses scénaristes de son récit par des prouesses purement techniques et qu'en plus d'un spectacle pictural, nous puissions aussi jouir d'un spectacle narratif.

Pour en savoir plus sur les spécifications techniques d'une projection HFR, lisez la page descriptive de la norme sur le site de Gaumont :

http://www.cinemasgaumontpathe.com/offres/les-cinemas-gaumont-et-pathe-innovent-pour-vous-faire-vivre-une-experience-cinema-toujours-plus-spectaculaire.html

lundi 3 décembre 2012

Quel statut pour le scénariste transmédia ?


Le scénariste transmédia est amené à concevoir des oeuvres originales et à organiser leur déploiement à travers différents canaux de diffusion (web, TV, ciné, audio, appli, print). Quel statut juridique et fiscale officiel est-il recommandé pour ces artistes totipotents ?

Selon la SCAM, le scénariste transmédia possède plusieurs étiquettes et il les active comme on tire les tiroirs d'une commode en fonction de la nature de chacune de ses oeuvres. Ainsi, pour chaque type d'oeuvre correspond un statut unique :
  • Oeuvre de fiction = SACD ;
  • Oeuvre documentaire = SCAM ;
  • Oeuvre musicale = SACEM ;
  • Oeuvre graphique = ADAGP ;
  • Oeuvre littéraire = contrat d'éditeur ;
  • Oeuvre d'application numérique = contrat d'auteur AGESSA ou de prestation de service.
Si un projet implique les différents supports, plusieurs contrats sont à définir.

Lorsqu'un contrat est établi entre le producteur et l'auteur, le producteur doit reverser un salaire fixe forfaitaire à l'auteur le temps nécessaire à l'écriture. Puis, à chaque vente de l'oeuvre, le producteur informe le diffuseur de son devoir de reverser un pourcentage des recettes à l'auteur, soit via un organisme (SCAM, SACD, SACEM...) si le diffuseur est français, soit directement à l'auteur si le diffuseur est international.

A la question sur la renégociation actuelle des dispositifs de répartition des droits aux auteurs (soulevés lors de précédents articles), la SCAM répond que le droit moral ne va pas disparaître, mais que le mode de calcul des droits aux auteurs va profondément être remis à plat afin d'intégrer désormais les nouveaux supports. Un changement est donc confirmé, mais le détail du modèle n'est pas encore arrêté. Affaire à suivre.

Etienne Mineur, l'innovation française

Etienne Mineur, co-fondateur des éditions volumiques, agence de 4 personnes seulement située à Malakoff, est sans nul doute l'un des plus probants concepteurs transmédias du moment. Il allie l’ingénieurie applicative à la qualité plastique des supports papiers traditionnels et y confère un sens qui n'existerait pas si seulement l'un des deux supports était isolé. C'est le Michel Gondri du multimédia en somme. Astucieux, souvent drôle, et pourtant très sérieux puisque des géants comme Hasbro travaillent avec lui (Monopoly Apps) et le studio Disney s'est même largement inspiré de ses propres créations pour créer des jeux interactifs basés sur des objets réels tangibles.

Ses projets utilisent tantôt des capteurs électroniques au sein de livres imprimés et permettent d'adapter l'affichage imprimé en fonction du comportement de l'utilisateur et du contexte de lecture (temps de réponse, alcoolémie, chaleur, luminosité).

Etienne déteste les QRCodes et la réalité augmentée purement gratuite. Ce qui prévaut dans son travail, c'est la relation entre l'applicatif et le tangible et l'intelligence qui peut jaillir de cette confrontation. En somme, c'est un concepteur qui travaille d'abord sur le sens des choses, comme un bon scénariste.

Pour découvrir les créations transmédia des éditions volumiques, consultez les sites suivants :

http://volumique.com/v2/

http://www.dailymotion.com/video/xw4h85_etienne-mineur-les-editions-volumiques-soiree-di-zain-3-ecriture-s-4-decembre-2012_creation#.UO50lrY7vv0

Ainsi que leur blog :

http://www.volumique.com/blog/

samedi 1 décembre 2012

TouchPress, excellence de la publication enrichie

TouchPress, agence londonienne, producteur d'ebooks enrichis, crée les publications enrichies les plus extraordinaires mais exclusivement pour iPads sur Apple iOS. Quelques lumières sur leur modèle économique :

1) Des Apps de qualité

TouchPress a compris l'enjeu des nouvelles plateformes mobiles et exploite ses possibilités au maximum pour créer des oeuvres extraordinaires, sans aucune mesure avec tout livre ou site Web existant. Seules les productions audio-visuelles rivalisent, mais sans l'interactivité qui rend si unique l'expérience de ces parutions sur les tablettes.

L'équipe londonienne a réalisé des encyclopédies en 3D interactives accessibles à tous les publics et dans toutes les langues pour environ 15 euros pièce, moins qu'un beau livre. Citons leurs principales parutions et leurs budgets respectifs :
  • The elements (les atomes) : 80% des ventes à l'international.
  • Le livre des objets de A à Z (pour jeunes enfants) : coût de production = 50000€.
  • Solar system : coût de production = 300000€ ; CA = 1000000€.
  • La marche des dinosaures : coût de production = 120000€ ; CA > 120000€.
  • War horse (Cheval de guerre / Spielberg) : coût de production = 180000€.
  • The orchestra : coût de production = 5000000€.
Toutes les parutions sont développées nativement par une équipe d'ingénieurs en interne, en Objective-C (langage propriétaire Apple). Les médias sont produits par des équipes souvent externes au projet et sollicitées au coup par coup.

2) Des Apps uniquement sur iOS

TouchPress avait la possibilité de rendre ses projets également disponibles pour Android, mais s'y est refusée pour des raisons stratégiques. Les productions de TouchPress sont si riches de contenu et de technicité, et ciblent d'abord un public tellement haut de gamme du fait du prix plafond de ses parutions (10 à 15 euros pièces), que l'entreprise voulait éviter le risque de ne pas pouvoir atteindre un public plus modeste traditionnellement utilisateur des tablettes Android.

Par ailleurs, une oeuvre d'une telle qualité, si elle apparaît exclusive à la plateforme Apple, Apple ne manquera pas de communiquer sur elle pour promouvoir son équipement, gratuitement. Ce faisant, TouchPress bénéficie de temps à autres d'une promotion gratuite, bien plus juteuse que ce que pouvait espérer apporter le marché modeste et émergent de la plateforme Android. Le calcul a donc été rapide. Il est préférable pour TouchPress de rester sur iOS, du fait de la cible haut de gamme de ses productions.

Pour en savoir plus sur les productions TouchPress, consultez également leur site Web à l'adresse suivante :

http://www.touchpress.com/

La fin du droit d'auteur !


C'est le 30 novembre 2012, à l'occasion du salon de livre et de la presse jeunesse déroulé à Montreuil, lors de la conférence de clôture d'une journée professionnelle dédiée au transmédia, que Nicolas Georges, directeur du livre et de la lecture, représentant officiel du ministère de la culture et de la communication, a annoncé l'inéluctable fin du droit d'auteur. Deux siècles de lutte pour le respect des oeuvres et de la répartition des droits aux auteurs s'évaporent en un trait de plume. L'origine ? Un certain traité de Lisbonne.

Quelle mouche a piqué notre gouvernement pour engager un processus irréversible de la fin du droit d'auteur ? Tout comme l'avait déjà souligné l'ARCEP et le CSA auprès de la SACD lors d'un précédent communiqué (lire Une taxe pour les FAI), le ministère de la culture réitère le propos, ici auprès des auteurs et des éditeurs de livres, en expliquant que la convergence numérique implique nécessairement :
  • De nouvelles taxes sur les diffuseurs ;
  • Une licence globale pour les bibliothèques et services de prêt ;
  • Une TVA à 20% sur toutes les oeuvres, livres et produits culturels ;
  • La fin du prix unique pour les livres et la fermeture des librairies ;
  • La transposition juridique, morale et fiscale de l'Oeuvre en Contenu (et donc du droit d'auteur au copyright) ;
  • La fin du droit moral ;
  • La nécessaire reconversion des producteurs et éditeurs, en marques commerciales.
1) Taxes sur les diffuseurs

La question n'a été que partiellement abordée par Nicolas Georges, mais elle rejoint celle largement étayée par l'ARCEP et le CSA quelques semaines plus tôt auprès de la SACD. L'absence de ressources pour financer les oeuvres implique une nouvelle taxe sur les FAI. Cette taxe (licence globale) interviendra sur le plan européen pour toucher Amazon, Google et Apple, qui, bien qu'employant quelques milliers de salariés en France et dans les autres pays de l'union, placent leurs sièges au Luxembourg ou en Irlande, et y défiscalisent plusieurs dizaines de milliards d'euros de revenus annuels vers les d'autres paradis fiscaux encore plus probants. En élargissant l'assiette à l'union, la taxe empêcherait au moins la fuite des bénéfices vers les paradis fiscaux européens. Elle n'empêchera pas, cela dit, leur fuite vers l'international. Cette taxe se veut surtout incitative et dissuasive, mais suffira-t-elle à maintenir les revenus des oeuvres sur le continent pour leurs ayants droits ? L'idée de soumettre la loi à l'ONU a été soulevée (l'ONU en effet dispose d'un département Médias). L'ARCEP souligne qu'en l'espèce, une nouvelle réglementation s'imposerait. Affaire à suivre.

2) Une licence globale pour les bibliothèques et services de prêt

La dématérialisation des oeuvres et la vétusté programmée des équipements (tablettes, écrans, liseuses, consoles, smartPhones) va engendrer une nouvelle forme de consommation des oeuvres, par le biais de location ou prêt de matériels et d'accès à un nombre d'oeuvres illimitées. Ces services pourront être proposés par des privés ou par des bibliothèques municipales qui remplaceront progressivement la gestion matérielle d'un stock d'oeuvres (livres, DVD, disques) par un accès à une base de données de biens culturels soumis à licence auprès des groupes de médias et de labels musicaux. Ces librairies virtuelles seront accessibles sur des écrans loués, prêtés, donnés ou achetés. L'expérience illustrée de Medi@tic, plateforme publique d'échange offerte aux habitants de Seine Saint-Denis, pilotée par Dominique Deschamps, témoigne de l'émergence nécessaire de ce type d'offre, selon les organisateurs du salon du livre et de la presse jeunesse.

3) Une TVA à 20% sur toutes les oeuvres, livres et produits culturels

La notion d'oeuvre est, selon Nicolas Georges, subordonnée à la possession d'une copie matérielle de l'oeuvre. La dématérialisation des oeuvres implique donc que l'on ne dispose plus d'une oeuvre, mais, associée à la vétusté programmée des écrans qui les diffusent, d'un service ! Or, un service implique une TVA à 20%. La TVA à 7% actuellement appliquée aux livres physiques pourra être maintenue sur les oeuvres physiques, mais pas sur les oeuvres virtuelles. A cette affirmation, il ajoute que les formes physiques des oeuvres finiront certainement par ne plus être disponibles pour la raison soulevée dans le point suivant.

4) La fin du prix unique pour les livre

Si un livre peut être vendu via une plateforme virtuelle, avec une TVA différente du livre physique, il pourra également afficher un prix libre (conformément aux règles imposées par le traité de Lisbonne sur la concurrence libre et non faussée). De fait, les tarifs contrôlés dans les librairies ne pourront plus être maintenus. Si les libraires veulent pouvoir continuer de vendre, face à un marché du virtuel qui cassera les prix, ils auront besoin d'une élasticité des prix qui leur permettra de se positionner face aux géants de numérique (Apple, Amazon, Google, Fnac, Lagardère...). Le représentant du gouvernement avoue que la fermeture des petits et même des grandes librairies est inéluctable face à une offre si agressive qu'il désigne par les termes de "forte prégnance du modèle zéro" née de l'habitude que les internautes ont de télécharger des oeuvres gratuitement.

Il cite le philosophe français Michel Foucault qui soulevait déjà la question le siècle dernier : "l'ordre des livres est-il fini ?". La meilleure parabole que Nicolas Georges a trouvé pour parler de biens culturels mis en concurrence avec des offres numériques agressives a été "le kilo de tomates". Il ajoute : "on ne conçoit pas imposer un tarif unique à 1kg de tomates, pourquoi l'imposerait-on à un contenu numérique, à un service ?". On ne parle déjà plus d'oeuvre !

5) La transposition juridique, morale et fiscale de l'Oeuvre en Contenu (et donc du droit d'auteur au copyright)

Si une oeuvre n'est plus physique et établie en tant qu'oeuvre ou copie tangible d'une oeuvre, mais simplement remplacée par un service de prêt, de jouissance d'une oeuvre pour un temps, un espace et un matériel à vétusté programmée, donnés, alors, la statut de l'oeuvre en tant que telle n'est plus. De facto, le gouvernement et les nouveaux opérateurs en charge de la diffusion des oeuvres ne parleront désormais plus d'Oeuvre mais bien de Contenu. C'est officiel.

Et cela n'est pas sans effet. La transposition juridique de l'Oeuvre en Contenu implique que le droit initialement aliéné à l'oeuvre se dissout automatiquement. On ne peut donc plus prétendre à des droits d'auteur d'une oeuvre puisqu'il n'existe juridiquement plus d'oeuvre, mais uniquement à une négociation fixe de type "prestation de service" ou "copyright" sur un "contenu", à l'américaine donc. "C'est la fin du droit d'auteur", dixit le porte-parole.

Rappelons que le projet du gouvernement est de tenter de compenser les droits d'auteurs par une répartition partielle de la nouvelle taxe sur les FAI. Les organismes actuels habilités à gérer les droits des auteurs seront bien avisés de faire acte de cette annonce pour prendre rapidement leurs dispositions sous peine de disparaître eux-aussi, puisque s'il n'y a plus de droits d'auteurs et seulement une répartition d'une taxe unique, il n'y aura nécessairement plus, non plus, de société civile habilitée à gérer la répartition des droits d'auteurs.

6) La fin du droit moral

Le droit moral est la faculté pour un auteur d'une oeuvre de contrôler la représentation de sa création et éviter qu'elle soit abîmée lors de ses transpositions possibles. Les diffuseurs d'oeuvres requièrent de plus en plus, il est vrai, d'adapter une création à tous les écrans et à leurs spécificités techniques divergentes (ratios 4/3 pour iPad, ratio 16/9 pour Android, format horizontal/vertical, HD, Retina, basse définition, Web, mobile, TV, etc). Comment adapter une bande-dessinée pour un iPad et un écran Android, sans recadrer nécessairement l'image ?

Mais, en l'absence d'Oeuvre, le droit moral n'a plus lieu d'être non plus. Les diffuseurs d'oeuvres auront désormais la liberté d'adapter une création comme bon leur semble, pour chacun des canaux de diffusion disponibles (tablettes, smartPhone, livre, TV, ciné, Web, console). Le recadrage introduit implicitement la possibilité d'introduire des zones dédiées à des annonces commerciales, au remplacement d'une typographie en fonction de la résolution de l'écran, à des retouches colorimétriques pour adapter les oeuvres à des écrans noirs et blancs ou à encre numérique, etc.

Une oeuvre sera désormais un produit déclinable comme l'est une campagne de communication que l'on restructure en fonction de chaque canal de diffusion.

7) La nécessaire reconversion des producteurs et éditeurs en marques commerciales

Ainsi, les méthodes de diffusion, de création, de gestion des oeuvres, se confondent désormais à la manière dont une entreprise gère l'identité d'une marque. Nicolas Georges reprend une citation des représentants de l'éditeur Hachette lorsque ces derniers redéfinissent le rôle d'un éditeur, face à la menace de nouveaux opérateurs du numérique que sont encore et toujours Amazon, Google, Apple, etc. Hachette relève que le rôle d'un éditeur est de :
  1. Découvrir des auteurs ;
  2. Capitaliser sur le risque de publier une oeuvre ;
  3. Garantir et maîtriser la distribution de l'oeuvre ;
  4. Construire une ligne éditoriale qui pérennise l'identité de la marque et fidélise le consommateur.
Selon Nicolas Georges, seul le dernier point sauvera les éditeurs et les producteurs. Les autres vont disparaître. Ils vont "se dissoudre comme un sucre dans un verre d'eau" pour reprendre cette autre expression explicite de Jean-Ludovic Silicani, président actuel de l'ARCEP.

Conclusion

Le traité de Lisbonne nous oblige ainsi à abandonner une identité culturelle fondée sur deux siècles de lutte, et sans que les auteurs concernés n'aient leur mot à dire. Néanmoins, le représentant du ministère de la culture, en la personne de Nicolas Georges, a, ce jour-là, clairement exposé les enjeux de cette réforme, par une excellente pédagogie et une précision chirurgicale clairvoyante. En revanche, de la même façon que le traité impose ses directives aux auteurs sans qu'ils n'aient pu se défendre, l'organisation du salon du livre et de la presse jeunesse a accompagné le porte-parole en refusant toute question de la part des mêmes auteurs sur ces réformes au porte-parole lui-même. La fin du droit des auteurs n'est pas déjà annoncée, que la fin du droit d'expression des auteurs est effective. Aucun journaliste n'était en outre convié à cette présentation pourtant effectuée devant près de 200 personnes et les principaux représentants de l'édition jeunesse.

La taxe sur les FAI ne garantira qu'une partie de la répartition des droits sur les oeuvres classiques (films, animations, livres). Aussi, les producteurs et les auteurs doivent plus que jamais considérer l'écriture transmédia d'une oeuvre comme l'unique solution pérenne à leurs investissements. Si une création ne prend pas en compte, dès sa conception, les différents canaux de diffusion, ce sont les labels, les groupes de médias, les diffuseurs hors zone Euro, qui bénéficieront de la gestion exclusive des droits des contenus (et non plus des oeuvres) qu'ils diffusent.

Lire aussi "la fin du droit d'auteur" sur le blog de mon ami photographe Jean-François :
http://www.macandphoto.com/2012/04/est-ce-vraiment-une-suppression-des-droits-dauteur-.html#more

Pour ceux que le débat interpelle, vous trouverez, sur le site de la SACD, une pétition vous invitant nos dirigeants à soutenir le maintien des droits d'auteur :
http://www.sacd.fr/Les-createurs-appellent-les-commissaires-europeens-a-defendre-le-droit-d-auteur.3187.0.html