samedi 4 août 2012

Rebelle relance le débat entre Fond et Forme


Pixar sait toujours nous surprendre dans ses animations, par les prouesses techniques qu'elle recèle. Et, comme il se doit, le scénario généralement proposé par Pixar apparaît souvent à la hauteur des exploits techniques. Ce n'est hélas pas le cas du film Brave (Rebelle en français).

Brave a innové d'un point de vue technique, c'est incontestable, en mettant en oeuvre des algorithmes incroyables pour calculer la chevelure de la demoiselle. Chaque mèche est différente en densité, en torsion, en amortissement. John Lasseter témoigne de ces difficultés rencontrées pour ce projet, dans de nombreuses interviews, et ne cache pas que c'était également le principal sinon l'unique défit technique qu'ils voulaient relever dans ce film. Et c'est réussi.

Mais, ici, le personnage est une demoiselle rousse et ses frères sont de petits rouqins. La technique est centrée sur la représentation de la rousseur sous toutes ses formes. Et c'est splendide ! Mais aucune trace dans le scénario ne traite de ce qui semble apparaître alors comme un tabou discriminatoire aux yeux des producteurs américain ! Pourquoi cette jeune rebelle est-elle rebelle ? On ne sait pas. Quelle est vraiment sa différence ? On ne nous le dit surtout pas. N'y a-t-il pas dans cette oeuvre plus de mépris pour les roux que d'attention, en niant à ce point ce qui aurait dû nous interpeler ?

Le récit de cette oeuvre est en décalage total avec la promesse que nous donnent l'affiche et les bandes-annonces. Chaque rouquin et chaque non rouquin pouvait espérer voir enfin une oeuvre consacrée à leur beauté capilaire et voici que rien n'est fait. La fillette aurait pu être blonde que cela n'y aurait rien changé à l'histoire.

Pour l'anecdote,  le censeur Disney est aussi celui qui ne voulait pas produire la trilogie Back to the future pour motif, nous rapporte Robert Zemeckis, qu'ils ne jugeaient pas opportun de voir le jeune Marty embrasser sa mère lors de son voyage dans le passé. C'est ignorer combien l'art n'aime pas la pudeur ! Certains récits gagneraient ainsi à changer de producteur.

Une bonne oeuvre reste à mon sens une oeuvre pour laquelle le fonds et la forme restent implicitement liés, et où la spécificité du sujet doit servir de matière à articuler les événements et l'émotion. C'est valable pour les grandes fictions, pour les grands récits, mais aussi pour tout type de projet artistique et technique, qu'il soit ou non multimédia.

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