vendredi 31 août 2012

Pédagogie et dramaturgie


Anne-Marie Gaignard vient de publier un livre intitulé "La revanche des nuls en orthographe" dans lequel elle propose, face à l'échec de notre système d'enseignement, une pédagogie basée sur l'émotion. Il s'agit d'intéresser l'élève en le faisant rire ou pleurer. Voir cet article sur rtl.fr :

http://www.rtl.fr/actualites/article/anne-marie-gaignard-je-n-avais-pas-acces-aux-mots-j-aurais-pu-devenir-violente-7752048531

 

Je relève ici cette actualité, en ce début d'année scolaire, car elle m'est apparue intéressante pour mes collègues formateurs y compris moi-même. Surtout si je l'associe avec les notions de dramaturgies que j'ai eu la chance d'acquérir par l'intermédiaire de mon ami Richard Siddi de la MFC (maison du film court) et de littératures spécialisées. Quel est le lien entre pédagogie et dramaturgie ?

L'enseignement, au fond, c'est quoi ? C'est transmettre le savoir. Et cette transmission du savoir, gratuite, est à priori joyeuse et noble. L'apprenti a la jouissance de savoir désormais ce qu'il ignorait auparavant. Mais en quoi cette transmission du savoir est-elle si joyeuse ? Parce qu'elle ne transmet pas qu'une information, mais bien de l'émotion. Une fois que je sais, mais que je sais parce que je comprends mieux l'implication de toute chose, là, je jouis de mon savoir.

Mais alors pourquoi tant de difficultés à enseigner ? En quoi beaucoup de confrères se heurtent-ils dans cette noble mission qu'est de transmettre le savoir ? Comment transmettre non seulement le savoir, mais aussi l'émotion qui donne envie de connaître ?

Je ne pense pas que les élèves des nouvelles générations soient devenus stupides, contrairement aux apparences. Simplement leur perception a changé. Nourris d'images animées, de musiques criardes, d'émotions fortes et artificielles, ils n'ont plus la patience de lire un livre pour savoir et s'émouvoir. On ne peut leur en vouloir de préférer une formule de communication courte et efficace, suffisante pour des émotions simples, à une formule qui requiert de la maturation pour des émotions plus subtiles et de plus en plus rares. Alors comment peut-on leur faire apprécier à nouveau, car cela est bien nouveau pour eux, un enseignement basé sur la maturation du langage où le temps, l'attention, bien avant l'émotion, sont requis ?

La solution me semble se trouver très justement dans les codes qui retiennent le plus efficacement notre attention : les films, les clips, les posts sur les réseaux sociaux, les échanges entre individus, les bagarres, les rixes, les rapports fusionnels. Du moins au début, en introduction à toute leçon de chose. Qu'est-ce qui réuni tout cela ? Et qu'est-ce qui fait, au fond, que passer des heures sur Facebook ou à jouer sur une console apparaît parfois plus intéressant que de suivre un grand classique de cinéma pourtant si bien mis en scène ? C'est l'émotion courte, efficace, rapide et impactante ! Vous pouvez filmer n'importe quoi et n'importe comment, si l'émotion est là, ça fonctionne.

Comme le soulignent si bien les grands cinéastes, un film est réussi lorsqu'il y a de l'émotion. Cela nous semble évident. Alors, pourquoi ne pas appliquer cela à toute forme de récit ? Et pas seulement aux oeuvres de fiction pour le grand écran. Et, si l'on privilégie un canal de communication rapide, comment entrer alors dans la noble maturation des leçons de toutes choses ?

Ma réponse est pas à pas ! Rendre visible votre propos d'abord. Impacter. Donner du sens et de l'émotion. Puis, étayer, maturer, enseigner, en rappelant sans cesse l'enjeu de la leçon, son objectif, comme on le ferait dans un récit où le personnage principal rappelle toujours son objectif. Et enfin, conclure la leçon en synthétisant l'émotion qui a retenu les candidats par une nouvelle action rapide et efficace. Ca marche à tous les coups.

C'est là où la dramaturgie m'aide à comprendre Anne-Marie Gaignard, c'est que l'émotion qui est le vecteur d'un bon récit, me semble pouvoir être aussi la technique à adopter pour transmettre le savoir. Michel Serres lui-même lors de ses chroniques sur France Inter ne rebondit-il pas sur l'actualité pour accompagner ses auditeurs vers la philosophie ?

Je suis persuadé que si l'émotion est présente dans chaque cours, quelle qu'en soit la forme : film, audio, Internet, livre ancien, iPad... alors tout passe ! La discipline n'est qu'une question d'attention au fond. Et l'attention se gagne par l'émotion. La discipline, ce n'est pas l'autorité. La discipline est l'autorité qu'impose une certaine émotion. Or, pour construire l'émotion, il faut d'abord et avant tout comprendre la dramaturgie.

Mes chers collègues formateurs et enseignants, mais aussi consultants et conférenciers, je vous invite donc à lire tous les livres sur la structure d'un récit qui vous aideront aussi à structurer vos interventions en y apportant un enjeu et de l'émotion. Si la dramaturgie n'est pas systématiquement nécessaire, en posséder quelques notions peut s'avérer d'un réel secours, surtout dans les moments difficile.

Livres sur la dramaturgie :
  • Yves Lavandier : La dramaturgie ;
  • Pierre Jenn : techniques du scénario
  • Anne Huet : Le scénario
  • A. Roche et M.C Taranger : L'atelier de scénario
  • Jean-Claude Carrière : Exercice du scénario
  • John Truby : L'anatomie du scénario
  • Richard Siddi (Maison du film court) : Savoir optimiser un scénario

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