mardi 24 avril 2012

Du Print au Web, le schéma d'Adobe

Le Web a toujours été un tabou pour nombre de graphistes effrayés par les contraintes de codage des pages HTML, et je les comprends. J'ai moi-même toujours préféré développer des applications compilées (Flash SWF, Applis mobiles) pour lesquelles, même si on programme d'une manière plus avancée, au moins, ce que l'on code est utile et apporte réellement une valeur au projet alors que le codeur HTML déploie autant d'énergie sinon plus pour simplement rendre compatibles des mises en forme souvent limitées en fonctionnalités. C'est d'ailleurs ce qui motive les flasheurs à réaliser des applis mobiles en langages natifs ou en HTML5 plus qu'à migrer vers le HTML5 pour l'affichage de pages dans les navigateurs.

Dans la CS6, Adobe semble avoir trouvé un point d'appui qui doit en théorie réconcilier les graphistes du Print avec le Web, mais seulement en apparence ! C'est bien sûr sans compter sur la réalité du terrain, hostile pour les idéalistes et designers démunis que nous sommes.

Les graphistes Print utilisent le fameux trio de logiciels : Photoshop, Illustrator et Indesign. Photoshop pour les bitmaps, Illustrator pour les dessins vectoriels, et Indesign pour agréger le tout dans une mise en page homogène. Ce schéma est connu et a pérennisé le succès des solutions initiales Adobe.

Adobe souhaite remettre le couvert, mais oublie les exigences de ses utilisateurs qui ont d'autres obligations que de mettre la main dans le cambouis.

Les nouveautés CS6 déclinent le schéma connu du Print vers le Web, ainsi. Désormais, il convient d'utiliser Flash, Edge et Dreamweaver de la même manière que nous utilisons Photoshop, Illustrator et InDesign. Flash exporte des animations de rendu bitmap au format HTML5/Canvas. Edge exporte des animations de rendu vectoriel au format HTML5/SVG. Et Dreamweaver permet d’agréger le tout dans une mise en page "unifiée" (à dire rapidement).
Mais c'est sans compter sur les caprices des navigateurs que ne contrôle pas Adobe, contrairement au format de publication Acrobat PDF qui finalise la mise en page dans Indesign et a tant contribué au succès de la marque.

Amis graphistes, détrompez-vous, le Web reste et restera ingrat. Les caprices des navigateurs devront être traités manuellement dans le code même en publiant des animations depuis des interfaces telles que Flash ou Edge. Si vous vous sentez capables de mettre la main dans le code, allez-y. En revanche, si vous préférez ne pas coder, privilégiez le développement de fichiers compilés/aplatis (maquettes graphiques, vidéos, animations 3D, magazines et livres interactifs).

Mais une question s'impose : Flash n'est-il pas initialement un logiciel d'animation vectorielle ? A quoi sert par conséquent Edge ?

En effet, concernant les outils vidéo de Adobe, nous reconnaissons volontiers le schéma suivant : After Effects, Flash, Premiere. After Effects génère des animations vidéo bitmaps, Flash génère des animation vidéo vectorielles, et Premiere agrège le tout dans un montage homogène et broadcastable. Même si les animateurs traditionnels privilégient bien souvent d'autres solutions (softs 3D ou 2D tiers), nous pouvons, du fait de son origine full vectorielle, considérer que Flash est l'outil référent de Adobe pour l'animation vectorielle.
Ainsi, nous aurions très bien pu accepter l'idée que After Effects produise des animations bitmaps HTML5/Canvas, que Flash produise des animations vectorielles HTML5/SVG (comme Illustrator lui-même compatible avec Flash), et cela n'aurait choqué personne.

La vérité est que Edge a été conçu à une période où Flash devait encore être la solution du Web compilé. Mais aujourd'hui, cette option a été retirée du cahier des charges de l'éditeur. Edge se retrouve donc dans une logique éditoriale qui peut sembler sous certains aspects évidente, mais légèrement en porte-à-faux puisque Flash remplit initialement la même fonction.

Avec l'expérience que nous connaissons des éditeurs propriétaires ayant tendance à offrir des solutions puis à les abandonner sans préavis lorsque le marché bouge (cas de Flash Catalyst lancé puis abandonné, du lecteur Flash intégré à Acrobat puis retiré), soyez par conséquent les premiers avertis d'un possible revirement futur de situation. Si vous souhaitez animer en HTML5, apprenez d'abord HTML/CSS et Javascript. Puis, utilisez ces outils comme assistants de la même manière que vous apprenez HTML/CSS avant d'utiliser Dreamweaver. Il vous sera alors plus simple de migrer vers d'autres solutions si cela devait être nécessaire le jour venu et apprécierez pleinement Edge ou Flash pour l'aide uniquement contextuelle qu'ils peuvent vous apporter.

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