mercredi 21 mars 2012

La reconversion du flasheur



Lorsqu'une innovation technologique est amorcée sur le Web, elle prend au moins 4 ans avant de s'affirmer. En 1999, le HTML voit apparaître les CSS. C'est en 2003 que ce type de mise en forme se généralise réellement et impose, dans une page Web, à isoler complètement le fond de la forme.

En 2007, le premier iPhone suggère un standard HTML5 qui fait fi de la technologie Flash alors concurrente de la technologie applicative de l'App store de Apple. Mais l'utilisation marginale de la plateforme ne parvient pas encore à renverser les usages conventionnels du Web. Il faut attendre 2010, avec la sortie de l'iPad 1, pour que l'idée de s'abstraire radicalement de la technologie Flash SWF s'impose dans tous les nouveaux projets Web. Et selon notre logique de latence, c'est donc en 2014 que le Web aura entièrement condamné la technologie Flash SWF au profit de technologies alternatives.

Mais, si cette migration est théoriquement incontournable et bienfaisante pour les contenus simples, elle n'en demeure pas moins repoussée tant que les technologies alternatives ne sont pas mûres. Pas d'outil + pas de navigateur opérationnel = pas d'avancée. Mais ceci est en train de changer depuis le début de l'année 2012. Non pas du côté des navigateurs. Mais de celui des éditeurs de logiciels qui permettent de réaliser des animations en Javascript simplement. Si les navigateurs qui s'améliorent garderont, malgré leurs avancées, un affichage par nature instable, les applications mobiles natives (objective-c, java), elles, et avec les meilleures performances d'affichages des nouvelles tablettes, sauront embarquer le HTML5 de manière parfaitement stabilisée et fluide quand Flash SWF requerra encore un parseur Air (interpréteur de langage) pour afficher simplement de l'information. A ce stade de l'échéance 2014, quel avenir est réservé à la technologie Flash SWF sur le Web ? Aucun, vraisemblablement. Flash SWF a vocation à s'isoler vers des plateformes lourdes de jeu ou de télévision interactive qui embarqueront le lecteur Air, si tant est que les éditeurs Apple, Google, et les fabricants, l'autorisent. Autant le dire : il disparaîtra.

En 2010, lorsque iOS limitait clairement l'utilisation de la technologie Flash SWF, mais avec une absence totale de solution alternative, le flasheur pouvait considérer sa situation comme encore pérenne. En 2012, avec l'arrivée de Aquafadas et Adobe Creative Suite CS6 qui offrent la création d'applications natives et connectées, sans programmation, Flash SWF a bien du plomb dans l'aile (et c'est un flasheur qui vous le dit) !

A cela, ajoutons que les développeurs de jeux 2D commencent à préférer travailler en Javascript plutôt qu'en Apps natives ou en Flash SWF, car le jeu publié est alors disponible sur les tablettes sans s'affranchir des 30% de commission à l'App store et à l'Android market, fusse avec de moindres performances animées et graphiques. Le modèle économique du jeu est HTML5/JS à l'exception de quelques mastodontes du jeu qui travailleront alors en natif ou en Air. Ce qui fait de Air, Flash donc, une solution de publication définitivement marginale.

Pour tuer plus encore la technologie jusqu'ici la plus attractive du Web, son éditeur vient même de décider de retirer le lecteur Flash implémenté nativement dans le lecteur Acrobat PDF. L'ambition de la marque au triangle rouge apparaît claire. Le format SWF n'a pas d'avenir (lire aussi Le monde informatique).

Néanmoins, faut-il succomber à l'apprentissage aveugle du HTML5 ? La réponse est non, du moins, pas en priorité. En voici les raisons :

Quelle est initialement la motivation du flasheur et de ceux qui demandent du Flash SWF ?
C'est de proposer un contenu à forte valeur ajoutée par rapport au HTML. Par conséquent, faire du HTML est-il la réponse appropriée au besoin de valoriser le HTML même si HTML évolue ? Bien sûr que non. Une question s'impose à nouveau : que puis-je faire pour continuer de valoriser le HTML sans utiliser le format Flash SWF devenu obsolète ?

En regardant le schéma suivant que j'ai réalisé, on observe que ce qui a tué Flash est finalement la migration mécanique de sa valeur ajoutée vers d'autres formats de solutions applicatives compatibles avec toutes les tablettes et les smartphones, et natifs de surcroît ! La reconversion du flasheur, si sa vocation est effectivement de continuer à valoriser l'expérience utilisateur au-delà des limites du HTML, c'est de suivre le mouvement en créant, à l'aide des outils qui lui sont disponibles, du contenu applicatif bien sûr et non du HTML ! Ou alors, et en dernier recourt, du contenu suffisamment distinctif du HTML mais embarqué dans le navigateur, qu'un intégrateur HTML ne saurait réaliser (Canvas, SVG, Javascript ?).


La reconversion pour le flasheur traditionnel cible donc logiquement les métiers suivants :
  • Développement d'applications natives par programmation objet en Objective-C ou Java (pour les plus codeurs). Très rémunérateur mais difficile ;
  • Développement d'applications Air par programmation objet en AS3 (pour les flasheurs). Rémunérateur et moins difficile que C. Transversalité des projets (Web, iOS, Android). Un bon débouché pour les flasheurs les plus téméraires ;
  • Conception de magazines numériques sans programmation via Adobe DPS ou Aquafadas DPS, depuis InDesign ou XPress (pour les PAOistes devenus flasheurs). Retour aux sources dans un flux de production sous-payé (maquettiste). Bons débouchés, mais peu gratifiant ;
  • Motiondesigner avec After Effects et un bon appareil photo Canon Reflex 5D (pour les animateurs et les plasticiens de l'image). Très gratifiant d'un point de vue graphique, mais pas très bien payé du fait de l'abondance d'offre sur le marché. Plus tendance et plus sympa que maquettiste PAO cela dit, pour le même salaire ;
  • Directeur artistique ou designer d'interface fixe et mobile avec Photoshop, Illustrator (pour les graphistes puristes). Un bon classique plutôt rémunérateur dans un contexte où tout le monde cherche à se différencier en utilisant pourtant les mêmes solutions techniques que les autres ;
  • Animateur Javascript pour le format d'animation Canvas, en attendant qu'un logiciel (Flash Pro ?) permette de réaliser de telles animations et que ce standard actuel devienne compatible avec tous les navigateurs (pour les animateurs Flash 2D). Mal considéré. Peu rémunérateur, peu de débouchés ;
  • Le HTML/CSS/Javascript, mais en faisant fi des caprices des navigateurs, pour la création d'applications mobiles à l'aide de compilateurs multiplateformes tel que Titanium de l'éditeur Appcelerator (pour les codeurs JS/PHP et les ex-codeurs AS3 qui veulent se recycler), et le recours à des animations interactives préconfigurées en JQuery. Très en vogue et rémunérateur. Remplace actuellement le Flash dans les sites Web ;
  • Et enfin, en dernier recours peut-être, si la tentation de l'ingratitude du codage HTML/CSS/Javascript subordonnée aux caprices des navigateurs et qui seront toujours mieux réalisés par des CMS gratuits, les motive : l'animation HTML5, non supportée par les plus grands sites de l'Internet.
Ainsi, un flasheur designer doit bien étudier les possibilités qui lui sont offertes, et qui répondent au mieux à sa vocation de créateur de valeur, avant de foncer aveuglément vers des-dits standards de publication. La question à se poser est : dois-je devenir un codeur de pages limitées ou puis-je m'émanciper à travers d'autres formats plus propices à la créativité et en outre mieux rétribués ?
Selon le vieil adage bouddhiste, naturellement,... la réponse me semble être dans la question ; )

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